RAM : Le tueur invisible – Comment l’antibiorésistance menace notre quotidien

Ce matin-là, Fatou pensait juste avoir attrapé froid.

Un peu de fièvre, une gorge qui gratte, une fatigue passagère. Rien d’alarmant. Elle se rend à la pharmacie du quartier, demande un antibiotique “fort” – comme on dit souvent – et rentre chez elle, confiante. Trois jours plus tard, son état empire. Fièvre persistante, toux sèche, douleurs thoraciques. À l’hôpital, le diagnostic tombe : infection bactérienne résistante aux antibiotiques courants. Il faudra l’hospitaliser. Et vite.

🦠 Qu’est-ce que la RAM ?

La Résistance aux Antimicrobiens (RAM) survient lorsque des bactéries, virus, champignons ou parasites évoluent et deviennent insensibles aux médicaments conçus pour les tuer. Résultat : des infections autrefois bénignes deviennent mortelles. En Guinée comme ailleurs, la RAM est une menace silencieuse, mais bien réelle.

📉 Pourquoi la RAM progresse-t-elle ?

  • Automédication massive : L’achat d’antibiotiques sans ordonnance est courant, souvent sans diagnostic précis.
  • Utilisation inappropriée : Mauvais dosage, durée de traitement non respectée, usage pour des infections virales (où les antibiotiques sont inutiles).
  • Manque de contrôle : Circulation de médicaments falsifiés ou de qualité inférieure.
  • Hygiène hospitalière insuffisante : Favorise la propagation de bactéries résistantes.

🔬 Ce que nous voyons au laboratoire

Dans notre quotidien au laboratoire de microbiologie, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Des souches de Staphylococcus aureus résistantes à presque tous les antibiotiques testés.
  • Des infections urinaires banales devenues des cauchemars thérapeutiques.
Chaque prélèvement est un signal d’alerte. 
Chaque antibiogramme résistant est un appel à l’action.

🛡️ Que faire ?

Pour les citoyens :

  • Ne jamais prendre d’antibiotiques sans prescription.
  • Respecter scrupuleusement la durée et la posologie.
  • Ne pas partager ses médicaments.

Pour les professionnels de santé :

  • Prescrire avec discernement.
  • Exiger des antibiogrammes avant traitement.
  • Sensibiliser les patients.

Pour les autorités :

  • Renforcer le contrôle des pharmacies.
  • Former les prescripteurs.
  • Soutenir les laboratoires de diagnostic.
  • Lancer des campagnes de sensibilisation nationales.

🌍 Une urgence mondiale, un combat local

L’OMS parle d’un “tsunami silencieux”. Mais ici, à Conakry, ce n’est pas silencieux. C’est le cri d’un enfant fiévreux, la détresse d’une mère, l’impuissance d’un médecin. La RAM n’est pas une fatalité. Elle est le reflet de nos pratiques, de nos politiques, de notre vigilance collective.

Fatou a eu de la chance.

Grâce à un diagnostic rapide et un antibiotique de réserve, elle s’en est sortie. 

Mais combien d’autres n’ont pas cette chance ?

 


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